Intervention de Delphine Bürkli, budget spécial de la Préfecture de Police

Intervention de Delphine Bürkli – Conseillère de Paris (UMMPA):

Alors que nous nous apprêtons à voter le budget dédié à la sécurité des Parisiens – vous le rappeliez Monsieur le Préfet – nous devons prendre la mesure des attentes de nos concitoyens en matière de sécurité publique. Leurs préoccupations sont d’autant plus légitimes que la sécurité, dois-je le rappeler, est la première des libertés.

Ces derniers jours, Monsieur le Maire et votre Majorité, vous vous êtes récriés contre les arrêtés antimendicité qui ont été étendus aux abords du Louvre et au secteur des Grands Magasins, à la demande des élus locaux, au premier rang desquels, Pierre Lellouche, Jean-François Legaret pour le 1er arrondissement et moi-même pour le 9e arrondissement. Un premier arrêté avait été pris par le Préfet de Police le 12 septembre dernier dans le 8e, dans le quartier des Champs-Elysées. A ces deux occasions, vous avez émis de fortes protestations, et je vais m’employer de les reprendre une à une et de rétablir la vérité sur les faits.

Avant cela, poursuivant la logique du Maire de Paris qui fait de la sécurité des parisiens un sujet secondaire, les élus du groupe communiste et du parti de gauche nous soumettent aujourd’hui un vœu visant à atténuer la souffrance des membres de la population Rom contraint à la mendicité. Leur solution : une campagne de sensibilisation, de pas moins de 30.000 euros d’argent public, afin de rééduquer les parisiens, qui, de par leur racisme supposé, sont la principale cause de la misère dans laquelle vit de nombreux Roms à Paris ! Ce sont ici des méthodes éculées, qui mis à part embellir l’image vertueuse que la gauche a d’elle-même, sont déconnectés des attentes de nos concitoyens.

Selon la Gauche parisienne, les arrêtés antimendicité viseraient à stigmatiser une catégorie de la population. Mais alors, est-ce une opération de stigmatisation, quand la municipalité, en collaboration avec la Semaest, préempte les murs de commerce du quartier Sedaine-Popincourt pour lutter contre la monoactivité dans le domaine du prêt-à-porter, qui est exclusivement le fait de chinois ?

Les objectifs implicites de ces arrêtés seraient également selon vous de combattre la pauvreté parl’amende et la répression. Or, la mendicité qui s’exprime de façon de plus en plus agressive est un réel problème dont pâtit un nombre croissant de concitoyens. Doit-on comprendre dans votre rejet de ces arrêtés que nous devons nous résoudre à accepter cette situation, au motif qu’elle est une fatalité pour les populations Roms à Paris ?

Pour ma part, je considère que combattre ces nouvelles formes de mendicité, c’est d’abord refuser des pratiques mafieuses exploitant l’humain. Sans volonté politique de le combattre, ce phénomène de mendicité s’accroît, car il se nourrit du laxisme et des politiques bienveillantes. Interdire la mendicité quand celle-ci est manifestement l’expression de réseaux organisés ne signifie pas combattre des personnes déjà victimes, mais bien signifier à des réseaux criminels qu’ils ne peuvent sur ce territoire s’enrichir au mépris de la dignité humaine.

Vous accusez également l’Etat de ne pas remplir ses obligations en terme de mise à l’abri des mineurs isolés, encore cet après-midi par voie de presse, Monsieur le Maire. Mais, l’année dernière, est-il nécessaire de rappeler que la gauche avait saisi le conseil constitutionnel pour demander la censure d’une convention franco-roumaine destinée à protéger les mineurs roumains isolés en France. Celle-ci était une réponse pragmatique, basée sur un partenariat avec l’Etat d’origine des jeunes en souffrance, ayant pour objectif concret de protéger les mineurs roumains des réseaux criminels. Pour des raisons idéologiques, la gauche a préféré le statu quo.

Vous ne pouvez ignorer que la mendicité d’origine roumaine a explosé dans notre capitale, notamment au centre de Paris, où l’on voit des réseaux déposer chaque matin sur les trottoirs pour les exploiter, dans le froid, des pauvres enfants, des femmes, des personnes âgées, des personnes mutilées. Les chiffres sont éloquents en matière de délinquance d’origine roumaine : entre 2008 et 2010, multiplication par trois des faits de délinquance, plus 107% sur les huit premiers mois de l’année 2011, 48% des roumains interpellés sont des mineurs.

Aujourd’hui, la question que nous devons tous nous poser collectivement est de savoir qui a la responsabilité des populations Roms installées à Paris ? En l’occurrence, c’est le gouvernement roumain, pour qui l’Union européenne débloque chaque année 4 milliards d’euros, dont 20% sont des crédits français, qui doivent être consacré à l’intégration de leurs propres citoyens.

Au lieu donc de critiquer sans cesse en sous-entendant que l’Etat cherche, à des fins électoralistes, à stigmatiser les plus précaires, j’invite la Gauche parisienne à observer ce qui se met en place depuis 2008 : un partenariat accru de l’Etat français avec les autorités roumaines, ainsi qu’un travail approfondi de notre police nationale pour démanteler des réseaux mafieux dont vous ne pouvez ignorer l’existence. Je rappelle que Pierre Lellouche, alors en charge des affaires européennes, s’était rendu à quatre reprises en Roumanie, rencontrer les autorités politiques, encourager la mise en place de programme d’insertion et de scolarisation pour leurs concitoyens d’origine Rom.

Et je regrette que sur ce dossier très difficile humainement, et qui ne doit pas de mon point de vue, prêter à polémique, la Mairie n’agisse pas en partenaire majeur de l’Etat à la fois pour encourager l’insertion de ces personnes dans leur pays d’origine, et pour répondre aux préoccupations de sécurité de nos concitoyens.

Comme élus, nous sommes les délégataires d’une tradition d’accueil généreuse et intégratrice, mais nous sommes également chargés de protéger nos concitoyens. Autrement dit, il nous faut être intransigeant sur les questions de sécurité et mener une politique d’aide aux migrants dignes, à la mesure de nos capacités. Les questions de sécurité devraient dépasser les clivages partisans car elles relèvent des droits fondamentaux de nos concitoyens. Or, en s’élevant contre les arrêtés antimendicité ou en subventionnant les entrées illégales de personnes sur notre territoire, à hauteur de 1,42 millions d’euros cette année. La majorité socialiste continue de faire de ses questions un enjeu politicien. Votre empathie à l’endroit des migrants illégaux les encourage ainsi à prendre le risque de s’installer en France, alors même que vous le savez, les conditions d’accueil ne pourront que demeurer extrêmement précaires et indignes. Cessez donc de vous contenter de faire des problématiques liées à la sécurité et aux migrations illégales la preuve de votre humanisme, et votez un budget sécurité qui se donne les moyens de répondre aux légitimes besoins de sécurité des parisiens.

Delphine Bürkli

Delphine Bürkli

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