D. BÜRKLI intervient sur la nouvelle charte parisienne de la téléphonie mobile au Conseil de Paris le 15 octobre 2012

« A première vue, votre projet apparait équilibré, bien enveloppé, comme il faut. Et puis, à y regarder de plus près, on se rend assez vite compte que si cette charte constitue un progrès, c’est d’abord au bénéfice des opérateurs de téléphonie mobile et en aucun cas pour les habitants. Là encore, nous sommes devant une contradiction entre le discours qui se veut protecteur des parisiens et la manifestation des intérêts financiers pour les caisses de la Ville.

Et pourtant, vous vous félicitez de réunir régulièrement des panels de citoyen, ça fait en effet très démocratie directe, mais est-ce que vous écoutez pour autant ce qu’ils ont à vous dire ?

Car, en relisant ce document, j’ai cherché en vain les propositions qui avaient été émises par le panel des citoyens le 18 juin 2009 au cours de la « conférence parisienne ondes, santé, société » qui s’était réuni à votre initiative? J’en rappelle les conclusions :

1-      la nécessité de mutualiser les antennes, pour qu’il n’y ait qu’un seul réseau et non pas 4 comme c’est le cas aujourd’hui. L’idée étant de réduire le nombre d’antennes et donc l’exposition des habitants,

2-      la reconnaissance et le suivi des personnes électro-sensibles, pour que des mesures adaptées pour elles puissent être prises. Quand on se targue matin, midi et soir de faire du social, rien ne fait allusion à ces personnes dans ce projet

3-      Enfin, troisième proposition, l’abaissement du seuil maximum à 0,6V/m.

De toutes ces conclusions, aucune ne figure dans ce projet.

Que faites-vous également du vœux émis en 2010 par notre propre Conseil de Paris à la quasi-unanimité fixant pour objectif à atteindre à terme 0,6V/m ? C’était il y a à peine 2 ans…

Force est de constater que vous n’avez pas pris en compte les préoccupations et les attentes des habitants. Les seuils de 5V/m pour la 3G et de 7V/m pour la 4G sont des seuils de complaisance, puisqu’aujourd’hui seuls quelques rares points dans Paris dépassent les 2V/m !!! Rien d’ailleurs n’est proposé dans votre charte pour travailler sur ces quelques points les plus exposés afin d’y réduire les risques pour le public, alors que cela serait pour le coup une avancée concrète pour les parisiens. 5V/m n’a donc rien de contraignant pour les opérateurs, c’est au contraire le symptôme que cette charte a bien été rédigée pour eux, et pas pour les habitants de cette ville, pour protéger les intérêts des opérateurs et non pas pour protéger les habitants de Paris des risques encourus par les antennes-relais.

Des associations vous ont d’ailleurs demandé le retrait de certaines antennes (une poignée seulement sur les 2350 antennes que compte Paris) qui ont été implantées cette année en passant outre toute concertation et en passant outre le refus de la mairie – et je pense au 173, rue Marcadet dans le 18e, que leur répondez-vous ? Dans le 9e arrondissement, l’implantation d’une antenne-relais au 37, rue de Bellefond, à proximité immédiate de l’école maternelle Rochechouart et du Centre Valeyre, deux établissements fréquentés par les enfants, fait débat et a obtenu près de 700 signatures à ce jour. Que répondez-vous à ces parents qui craignent pour leurs enfants qu’ils soient surexposés par ce type d’installation? Quand on lit cette charte, une chose est sûre : beaucoup est donné aux opérateurs, mais eux que vous donnent-ils comme assurances en échange ?

De toute évidence, un sacré pactole estimé entre 2 et 3 millions d’euros par an. Est-ce la valeur que représente à vos yeux, le bien-être de nos concitoyens ? Pourtant, les deux étaient compatibles, si vous aviez eu l’ambition de rédiger une charte équilibrée.

Vous ne parlez ni études d’impact sanitaire, ni vision à long-terme, ni rationalisation du réseau, ni protection des habitants, ni obligations pour les opérateurs. Nous ne voyons pas le progrès dans cette charte. »