Lisez l’interview de Pierre LELLOUCHE parue dans Le Figaro du 30 avril: « Le livre blanc contribue au déclassement de la France »

INTERVIEW – Pierre Lellouche est député de Paris et ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes.

Le Figaro. – Quel jugement portez-vous sur le livre blanc?

Pierre Lellouche. – Il s’agit selon moi d’une improvisation sans précédent dans l’histoire de la Ve République. Comme me le disait un participant à la commission: «D’habitude, lorsqu’on fait un livre blanc, on connaît le budget et on essaie d’adapter la stratégie. Ou bien on a la stratégie et on tente d’adapter le budget. Mais là, il n’y avait ni concept, ni budget.»

L’exercice a été mené dans le brouillard. D’ici à 2019, entre la réforme précédente et le nouveau livre blanc, les forces armées vont perdre 34.000 hommes.

Les lacunes révélées au Mali - ravitaillement en vol, transport stratégique et renseignements – ne sont pas comblées. Les moyens dédiés à la cyberdéfense sont insuffisants. Le document fait l’impasse sur la défense antimissile alors que la prolifération nucléaire se développe dans le monde. C’est un assez triste bilan.

Je me demande par ailleurs combien de temps nous pourrons faire semblant d’être capables d’entretenir la dissuasion nucléaire et les forces conventionnelles. Car il s’agit d’une illusion.

Quelles en seront les conséquences sur le plan international?

En tombant rapidement à 1,15 % ou 1,2 % du PIB consacré à la défense, la France va rejoindre la moyenne européenne. Mais pas l’Allemagne, qui désormais investit davantage que nous. On croit rêver: l’Allemagne va redevenir la première armée du continent, alors qu’elle est absente de tous les vrais conflits, étant une armée de présence et non de combat… Avec un tel scénario, il sera difficile de faire la défense européenne.

Il y a désormais un fossé entre le discours qui prétend que la France est toujours une puissance militaire et la réalité qui est celle d’une paupérisation des armées. Ce livre blanc contribue au déclassement de la France et à celui de l’Europe.

Aurait-on pu faire autrement?

On aurait pu couper ailleurs. Il existe de nombreuses dépenses non productives en France. Mais on préfère toujours porter des coups contre les armées, qui ne manifestent pas. Pourtant, la défense assure un rôle de formation des hommes et fait tourner l’industrie de haute technologie. C’est donc un investissement. C’est aussi un instrument majeur du rayonnement d’un pays. Je regrette que le gouvernement n’ait pas eu le courage de s’attaquer plutôt aux dépenses opaques. Il s’agit d’un manque de courage politique.