Présidentielle, municipales, couple franco-allemand, etc.: l’interview complète de Pierre LELLOUCHE dans le JDD

INTERVIEW DE LA SEMAINE – Ancien membre du gouvernement Fillon, l’UMP Pierre Lellouche soutient la démarche de l’ex-Premier ministre, candidat « quoi qu’il arrive » en 2017. Le député de Paris défend le principe de la primaire ouverte même s’il reconnaît que celle organisée par l’UMP dans la capitale, en vue des municipales, « aurait pu être plus simple ». Ex-secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, il revient également sur l’actuelle tension entre Paris et Berlin : « L’Histoire démontre qu’il est toujours dangereux de chercher à isoler l’Allemagne. »

François Fillon a indiqué jeudi, depuis le Japon, être « quoi qu’il arrive candidat en 2017″. Le timing est-il le bon?
Il est cohérent avec ses précédentes déclarations. Il a bien l’intention de participer aux primaires et il s’inscrit dans ce cadre.

Un retour de Nicolas Sarkozy vous paraît-il envisageable?
En politique, rien n’est impossible. Mais, à ma connaissance, ce serait sans précédent. Quand on perd une élection, c’est très difficile de revenir. Seul le général De Gaulle est revenu mais il était parti en tant que libérateur de la France, lors de la fondation de la IVe République, il n’est revenu que pour concevoir et inaugurer la Ve.

La majorité dénonce le langage outrancier de Jean-François Copé qui a prédit lundi dernier un « printemps des cons ». L’opposition est-elle aujourd’hui constructive?
Je ne suis pas fan de ce type de déclarations. Les Français subissent une crise d’une brutalité inouïe avec 1.000 chômeurs de plus par jour, ils attendent de l’opposition un projet alternatif face à un François Hollande en train d’échouer. Seul François Fillon avance des propositions. Il faut que la machine UMP travaille aux solutions, plutôt qu’appeler à manifester ou à continuer ses guerres internes.

«Il faut que la machine UMP travaille aux solutions, plutôt qu’appeler à manifester.»

Une nouvelle élection du président de l’UMP, à l’automne, risque de relancer cette guerre interne…
Qui connaît le nom du président d’un parti d’opposition en Europe ou en Amérique du Nord? La seule élection qui vaille, c’est la primaire de 2016 en vue de l’élection présidentielle. Dès lors que cette idée est actée – elle le sera le mois prochain avec la réforme des statuts -, le chef du parti devient un simple animateur qui fait vivre la boutique. La ligne politique, elle, doit être fixée par une direction collégiale.

Après un an au pouvoir, François Hollande a-t-il engagé des réformes capables de relancer la croissance française et d’inverser la courbe du chômage?
Le Pacte de compétitivité, qui est une usine à gaz, a entraîné une chose utile : la négociation entre le salariat et le patronat pour aboutir à l’Accord interprofessionnel national (ANI). Ce dernier va permettre d’introduire un peu de flexibilité, indispensable, dans notre droit du travail. Mais pour relancer la croissance, les réponses sont connues : réhabiliter l’apprentissage, simplifier les normes, assouplir le code du travail, supprimer les 35 heures, défiscaliser les heures supplémentaires, poursuivre et amplifier la réforme des retraites, réduire les charges et les impôts sur les salariés et les entreprises. Et donc, faire des économies sur le train de vie de l’Etat, les dépenses sociales et celles des collectivités locales. Autant de choses que le Gouvernement ne fait pas.

Pourquoi ne pas avoir mis ses solutions en place quand vous étiez au pouvoir?
Certaines de ces réformes ont été lancées avant d’être annulées par les socialistes. Malheureusement, on n’arrive pas, en France, à avoir un consensus droite-gauche sur les grandes questions socio-économiques. Ceci dit, je ne suis pas être très fier que nous n’ayons pas tout mis en œuvre.

«Montebourg perd chacune des batailles sur lesquelles il s’engage.»

En 2012, vous avez écrit un
manifeste, Mondialisez-vous, pour répondre à l’essai sur la « démondialisation » d’Arnaud Montebourg. Ce dernier, désormais ministre du Redressement productif, défend le « made in France ». Cela vous inquiète-t-il?
Non, je suis très « made in France », car il faut protéger notre outil industriel. Et je ne suis pas hostile à l’idée de nationaliser des secteurs d’intérêt stratégique. J’ai moi-même introduit la notion de réciprocité en Europe, quand j’étais secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. Le problème de Montebourg est qu’il fait de grandes déclarations mais que les résultats ne sont malheureusement pas au rendez-vous, demandez aux ouvriers de Florange ou de Peugeot! Il perd chacune des batailles sur lesquelles il s’engage. Ce n’est pas forcément de sa faute. L’Europe est devenue une énorme machine à administrer l’accessoire, basée sur une idéologie ultra-libérale idiote alors que même les Etats-Unis se protègent.

Vous étiez l’un des opposants les plus fervents au Pacs. Quatorze ans plus tard, vous vous êtes abstenus lors du vote à l’Assemblée sur le mariage homosexuel. Pourquoi?
J’ai évolué tout simplement. J’ai pris conscience que la société avait bougée. D’ailleurs, en 2002, j’ai fait voter un texte qui doublait les peines punissant les crimes ou propos homophobes. J’aurai toutefois préféré un contrat d’union civile, car le mariage entraînera inévitablement des revendications concernant la Procréation médicale assistée (PMA) et la Gestation pour autrui (GPA). J’ai d’ailleurs demandé que l’UMP propose de légiférer pour empêcher ces deux dérives.

François Hollande a envoyé un message d’apaisement à l’Allemagne mercredi à l’occasion de la cérémonie du 8-Mai. Cette tension entre Paris et Berlin est-elle cyclique?
Il y a eu des périodes de tension, notamment au début du mandat de Nicolas Sarkozy. Mais, à l’époque, l’Allemagne a finalement accepté d’ouvrir le portefeuille pour venir en aide à la Grèce. François Hollande, lui, accuse depuis sa campagne présidentielle l’Allemagne d’être le père fouettard de l’Europe. Sa grande idée est de s’allier aux pays du sud surendettés pour forcer l’Allemagne à relancer la zone euro par l’emprunt, garanti donc par l’économie allemande. Chose que ni le CDU, ni le SPD ne sont prêts accepter. Les socialistes ont découvert la réalité et donc dû ratifier le traité budgétaire européen que François Hollande prétendait renégocier, de même qu’ils ont dû renoncer à leur fameux « euro-bonds ».

«L’Histoire démontre qu’il est toujours dangereux de chercher à isoler l’Allemagne.»

Fin mai, François Hollande se rendra au congrès du SPD, le parti social-démocrate allemand, où il prononcera un discours…
C’est une stratégie délibérée d’éliminer Angela Merkel et de la remplacer par un gouvernement socialiste qui serait plus proche des thèses françaises. C’est pour moi une double erreur. D’abord, Angela Merkel est largement en tête dans les sondages. Par ailleurs, les socialistes allemands ne sont pas sur la même ligne que leurs homologues français.

Quand il était président, Nicolas Sarkozy avait aussi soutenu Angela Merkel lors des élections allemandes de 2009…
La chancelière allemande l’avait aussi soutenu en 2012 lors de l’élection française. Mais les clivages politiques n’ont jamais été, jusqu’à aujourd’hui, un facteur dans la relation franco-allemande. Or, toute la gauche européenne accuse l’Allemagne d’être à l’origine des maux de l’Europe, isolant de fait le bon élève de l’Union. C’est prendre le risque de briser le pilier fondamental de la construction européenne : la confiance franco-allemande. L’Histoire démontre qu’il est toujours dangereux de chercher à isoler l’Allemagne…

Avec l’intervention au Mali, François Hollande a-t-il acquis sa stature présidentielle?
Il a pris une décision inévitable, donc bonne. La situation n’était plus tenable et seule la France était en position d’intervenir. Cela dit, malgré l’excellent travail de nos soldats, je suis inquiet par la partie politique et diplomatique de l’exercice. La France a nettoyé les placards mais, maintenant, à qui rendons-nous les clés? Le Mali est divisé en deux sur le plan ethnique et géographique, ses institutions extrêmement faibles et le processus électoral en panne. Les risques d’enlisement sont considérables, sans parler de la diminution de l’enveloppe de notre budget de la Défense.

Mais, au vu de la réduction des déficits publics, cette baisse du budget de la Défense n’est-elle pas nécessaire?
C’est la Défense qui sert encore une fois de variable d’ajustement en l’absence d’économies budgétaires qu’on n’a pas eu le courage de chercher ailleurs. L’armée est muette car elle obéit au chef de l’Etat mais au total, l’armée française va perdre 50.000 soldats et 30.000 emplois vont disparaître dans l’industrie de défense. De plus, cette baisse budgétaire met en danger la place de la France dans le monde et notre sécurité.

«Il ne faut plus jamais faire d’élection interne à l’UMP.»

A Paris, il y a une faible mobilisation autour de la primaire ouverte pour désigner le candidat UMP aux prochaines municipales. Comment l’expliquer?
L’explication est d’abord technique : les conditions d’inscription, via un vote électronique, ne sont pas évidentes. Nous aurions pu faire plus simple.

Dans une lettre, dont le contenu a été révélé par leJDD.fr, NKM demande justement d’ouvrir des bureaux de vote…
Cela pourrait être utile. Tout le monde ne maîtrise pas l’outil numérique. Mais cet obstacle n’est pas la seule raison de la faible mobilisation. Pour moi, nous sommes trop loin de l’élection municipale elle-même. C’est compliqué de faire une primaire maintenant, dix mois avant l’échéance, alors que les Français n’ont pas la tête à ça.

Jean-François Legaret est votre suppléant à l’Assemblée nationale. Pourquoi ne pas le soutenir?
NKM est une amie et ancienne collègue ministre. Jean-François Legaret est un ami et mon suppléant. Ajoutez à cela Pierre-Yves Bournazel qui se débrouille très bien. J’ai donc choisi la neutralité.

Imaginez-vous mettre fin à cette primaire dès aujourd’hui?
Ce serait parfaitement incompréhensible. Le coût du ridicule serait plus élevé que le coût financier pour la fédération UMP de Paris.

Une primaire pour la mairie de Paris, vous en avez vécu une en 2006. Quel souvenir en gardez-vous?
C’était une primaire interne, qui n’était pas ouverte. Et pour cette raison, elle s’est très mal passée. Certes, j’avais pu travailler mon projet, mais il y a eu des problèmes au niveau du décompte final de voix. J’en ai tiré une leçon : il ne faut plus jamais faire d’élection interne dans nos formations politiques. Celle de président de parti, l’automne dernier, l’a une nouvelle fois prouvé.